Les nouvelles parentalités

Les nouvelles parentalités ne sont pas uniquement l’objet d’un débat citoyen.

Dans nos consultations, nos lieux d’exercice professionnel comme dans notre vie quotidienne, les nouvelles formes de vie et d’organisation des familles sont présents en permanence. Il est loin le temps où l’enfant de parents divorcés était l’exception dans sa classe.

Les familles avec enfants adoptés sont devenues forcément visibles, en lien avec l’origine des enfants. Les familles monoparentales, si elles restent souvent stigmatisées à propos de l’éducation, sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses, pour une période ou parfois pour toute la vie d’un enfant à la maison. Plus récentes mais de plus en plus fréquentes nous voyons des familles homoparentales. D’abord ayant eu une période de vie hétérosexuelle pendant laquelle sont nés les enfants. Puis aujourd’hui construites sur un désir qui rencontre du possible pour nombre de couples homosexuels, notamment mais non exclusivement de couples de femmes lesbiennes. Dans nos consultations, nous rencontrons de plus en plus fréquemment des situations familiales en relation avec ces différents modes de vie et d’organisation. La première tentation serait de dire que si les consultations se multiplient, c’est parce que ces familles sont plus fragiles et posent davantage de questions que les autres, dites « traditionnelles ». Tous les professionnels sérieux et non aveuglés par des certitudes externes à la question constatent que ce n’est pas pertinent.

Ce que nous constatons c’est que, conjointement à ces demandes d’aide, d’autres apparaissent de plus en plus fréquemment, qui représentent une évolution sensible des pratiques professionnelles et notamment des entretiens familiaux (soutien, médiation, guidance, …) et des thérapies familiales. Il y a quelques dizaines d’années, la demande était presque toujours faite autour d’un symptôme, d’une pathologie, d’une personne présentant des troubles identifiables, de ce que certains nomment « le patient désigné ». Aujourd’hui, une part significative des demandes vient de souffrances relationnelles, de liens affectés, endommagés, de difficultés décrites comme multiples (avec les enfants, dans le couple, concernant l’avenir professionnel, l’orientation sexuelle, …) et interagissant les unes sur les autres. C’est ce que nous rencontrons, de plus en plus fréquemment, avec des familles ayant des enfants adultes, qui vivent encore à la maison ou non, ou dans des demandes d’aide qui concernent les liens intergénérationnels, parents, grands-parents, enfants.

Le thérapeute individuel, cherchant le « je » chez la personne qu’il rencontre peut se sentir envahi, voire parasité, par la présence des autres dans le discours, dans les affects, dans le souci,dans les préoccupations du patient.

L’intervenant systémique voit parfois mis à mal ses prescriptions, sa connotation positive ou ses interventions provocatrices par une souffrance massive, diffuse où les alliés du thérapeute s’échappent ou se dispersent.

Ce que l’Approche Contextuelle perçoit de ces demandes et de ces rencontres entre en écho à l’importance, dans sa démarche thérapeutique, de la considération et de la reconnaissance. L’intervenant contextuel , rencontrant des individus et des groupes familiaux où chacun peut se sentir dévalorisé par l’autre, interne à la famille ou extérieur, dans la vie quotidienne, à l’école, au travail, mais aussi dans le regard ou les paroles venant des générations précédentes, trouve dans sa méthode des outils conséquents.

C’est déjà ce qui est central dans la démarche initiale d’Ivan Boszormenyi-Nagy, et qui l’a amené à développer le concept d’éthique relationnelle. La confiance, affectée par les déficits de reconnaissance, est à reconstruire. Confiance altérée, rompue, menacée par des gestes parfois malveillants, mais aussi dont les effets sont à l’opposé de l’intention, elle est l’objet de tous les soins de la pratique contextuelle.

Redonner à chacun sa légitimité dans les relations, s’appuyer sur les loyautés et leurs conflits pour ouvrir le dialogue, tels seront les éléments qui permettront de prendre en compte la souffrance de chacun, non seulement dans sa demande de reconnaissance et de réparation, mais aussi dans son besoin d’être pris comme acteur indispensable et incontournable de la restauration de la confiance, dans son souci du soin de l’autre. Ainsi, la victime ne reste pas qu’une victime, le bourreau a sa place dans la relation, le porteur de handicap ou de pathologie n’est pas qu’un receveur de bons soins, celui qui donne reçoit aussi. En cherchant à ce que ce dialogue se concentre sur la contribution reconnue de chacun au processus de reconstruction, la démarche contextuelle aide à trouver dans les souffrances, les dénis de reconnaissance, les stigmatisations, des ressources qui renforcent les liens et situent l’identité personnelle en relation aux autres et à une histoire.

Alors, les familles dites « nouvelles », qui viennent attirer notre attention sur des souffrances liées au déficit de confiance et de considération révèlent, à travers leurs singularités, ce qui est le lot commun de chacun inscrit dans les relations.

La vulnérabilité ne se partage pas. Confronté à une situation préoccupante, tout être sensible est fragilisé. Bien sûr, et au premier chef, celui ou celle qui est touché (par la maladie, le handicap, la perte, l’échec, …) , mais aussi celles et ceux qui le soutiennent ou qui en subissent les conséquences indirectes. L’invisibilité n’est pas réservée aux plus faibles, aux plus démunis ou aux plus précaires. Ils en sont évidemment les plus menacés. Mais dans une situation familiale de séparation, de deuil, d’angoisse pour l’avenir, chacun peut être ignoré ou oublié au profit de ce qui est le plus visible, le plus menaçant. L’indifférenciation menace notamment par la stigmatisation et la généralisation. Les femmes seules élevant leurs enfants connaissent le regard affligé ou réprobateur, les conseils moralisants, les jugements à la serpe, parfois de la famille, parfois des professeurs, parfois des médias, quand ce n’est pas celui des professionnels. C’est souvent ce qu’elles trouvent alors qu’elles pourraient recevoir, dans leurs réelles difficultés, des signes de reconnaissance, des actes de soutien et de validation de leurs efforts et leur implication. « Pédés et gouines » qui souvent n’attendent que de trouver une place reconnue pour leur parcours amoureux et leurs préférences sexuelles dans une vie non discriminée, vivent la blessure d’être encore trop souvent désignés, y compris au sein de leur propre famille, comme vecteur de honte et de menace de l’équilibre familial ou sociétal.

Mais ces autres familles, souvent originellement bien « traditionnelles », qui vivent des relations souffrantes avec des enfants adultes ou parfois qui se déchirent autour de parents dépendants, peuvent aussi être menacées par la stigmatisation de l’entourage ou en leur sein même.

Le travail thérapeutique reconnaissant la place et le rôle de chacun autour de son engagement et de sa contribution est vecteur non seulement d’amélioration des relations, mais aussi de soulagement des souffrances individuelles et collectives, ainsi que de protection des conséquences pour les générations à venir.


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