Bande de filles


Film de 2014 rediffusé récemment sur Arte, nous interroge tant sur le contenu visuel, esthétique, social et politique du film et la volonté de sa réalisatrice que sur le regard qui est le nôtre et la confrontation entre le réel supposé (celui que l’on croit voir) et nos représentations.

Les critiques de l’époque oscillent entre prévalence de la fascination esthétique (jeunes, belles, rebelles … et black), réflexion sociologique sur la banlieue, les bandes, la jeunesse en errance et critique de ce qui se montre, la violence, le sexisme, le manque de repères, la famille et ses insuffisances, les a priori ethnicisants.

Présupposés classiques où le film est pris avant tout comme objet pour valider ses propres croyances, représentations et intuitions.

Si nous cherchons à aller au-delà, il nous faut nous débarrasser (mais peut être en nous appuyant sur, c’est-à-dire en leur reconnaissant une existence) de nos propres manières d’entrer en relation avec le monde dans lequel Marième et ses copines évoluent.

Pour moi, professionnel de la relation d’aide, me pensant bien veillant et humaniste, déjà vieux, plutôt favorisé et … blanc, les premières représentations oscillent entre fascination et rejet.

Fascination de l’énergie, de la jeunesse, de la révolte, de la beauté qui se montrent.

Et rejet de la violence, du sort réservé aux plus fragiles et aux plus vulnérables, des défaillances familiales, du machisme et du sexisme, de l’univers de la drogue et de la soumission, aussi de l’abandon et l’errance que subissent les plus démunis et les plus jeunes.

Ces sentiments sont puissants et obèrent notre capacité à voir autre chose qui touche aux solidarités, à la responsabilité et aux relations entre les personnes.

Non qu’il s’agisse d’une autre vision en soi qui ferait interprétation, regard sur ou excuse de valeurs rétrogrades ou de comportements inacceptables.

Mais plutôt de la recherche de ce qui pourrait faire un langage commun, un espace de dialogue entre chacun, les uns et les autres directement concernés, et eux et nous (moi).

Avec ces jeunes qui, vus de l’extérieur, ne demandent rien, ont choisi (est-ce un choix ?) de prendre à tout prix plutôt que d’échanger.

Comment peut-on voir, dans l’attitude du grand frère de Marième, mais plus tard d’elle vis-à-vis de sa petite sœur, l’importance du souci pour l’autre, l’autre que l’on maltraite au nom de l’autorité et des valeurs, souci pour soi qui se sent humilié, souci pour la famille, sa réputation, son histoire, son quartier ?

Comment ne pas percevoir, dans la bande de filles, ses hiérarchies, ses valeurs à partager, ses rejets et ses retrouvailles, aussi la violence de ses relations, l’importance de la préoccupation de chacun(e) pour l’autre, du besoin d’affiliation, de la création d’un entre soi, une « nouvelle famille » construite sur l’identification et la reconnaissance réciproque.

Comment mais aussi pourquoi s’intéresser aux relations de ce point de vue là ? Sans doute parce que nous décelons derrière cela l’impérieux besoin pour chacun de reconnaissance, être reconnu en soi à travers son affirmation également sa soumission, sa « capacité » à répondre aux exigences du groupe et des personnes qui le composent, mais aussi voir sa relation aux autres, comment ils (elles) comptent pour soi et ce qu’on est prêt(e) à faire pour eux (elles) reconnu par retour.

C’est souvent ce que nous retrouvons, dans la relation d’aide (quand celle-ci est demandée ou parfois contrainte), comme chemin vers la construction d’un dialogue appuyé sur la responsabilité de chacun, reconnue comme légitime au-delà de ses effets souvent délétères ou violents.

Ici, ailleurs qu’entre elles, Marième et ses copines semblent ne rien demander.

Devons-nous pour autant ne pas voir que l’attente passive ou agressive qui cherche une expression doit pouvoir trouver d’autres lieux de reconnaissance que ceux où se retrouvent les exploiteurs ou les abuseurs ?

Que faire de cette énergie qui se disperse, cherche à être entendue, souffre de se heurter aux murs et parfois s’enferme dans la violence, la déconsidération, la tentation de destruction de l’autre et de soi ?

Bien sûr, pour beaucoup, le temps à lui seul aide à ce qu’un chemin se dessine, une voie s’ouvre.

Mais pour tou(te)s les autres, les impasses de sont des risques multiples et le risque grand de rester sur le bord du chemin, retrouvant un quotidien où la résignation et la vie éteinte remplaceront la révolte et les débordements d’énergie.

Ce qui reste est cette formidable énergie qui cherche non seulement, dans l’expression de la violence comme dans celle de la vulnérabilité, du sens mais aussi de l’utilité et des soutiens réciproques.


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