Une famille contemporaine

La famille du nouveau président de la république ne correspond à aucun modèle.

Dans les combats politiques qui ont précédé son élection, sa famille, son couple ont été l'objet de nombreuses attaques, critiques, empreintes de machisme, d'ironie, de sarcasmes, sur fond de mépris, de condescendance, mais sans doute aussi d'envie.

Ni famille traditionnelle, ni même famille recomposée entrant aujourd'hui dans des modèles désormais décrits comme classiques, la famille d' Emmanuel Macron, comme beaucoup maintenant, semble se débrouiller comme elle le peut, avec ses propres représentations, ses propres valeurs, ses histoires et ses solidarités.

Famille aussi soumise au regard des autres, à la stigmatisation, aux jugements non dénués d'arrière pensées et d'auto légitimation.

Le plus caricatural, Jean Marie Le Pen, se croit assassin en lui déniant son droit à être et faire grand - père, convoquant pour cela la biologie et la génétique, se voit opposer la capacité de chacun à se choisir, pour une part, son histoire et son destin, à intégrer les blessures de l'enfance dans son patrimoine et ses ressources, à construire sa famille sur la reconnaissance et les liens choisis.

Plaisanterie reprise, parfois en remplacement du débat d'idées, qui traduit le climat de dérision et de faux humour, le "il a tué le père et épousé la mère " appelle chacun de nous à la vigilance nécessaire face aux personnes vulnérables où les paroles disqualifiantes rajoutent à la désespérance et au mépris.

Bien sûr, comme pour tous les personnages publics, nous voyons ce qu'on veut bien nous montrer.

Mais derrière la fabrication d'un mythe se dessine ce qui fait famille pour tout un chacun : la place d'une grand - mère, l'histoire parentale sur laquelle on se construit dans la filiation et dans la différenciation, ce que l'on investit, au - delà de l'amour, dans l'étayage de l'autre du couple et ce qui se partage (ou pas) avec sa propre famille.

Se reconnaître et être reconnu.

Histoire ici d'un destin hors norme.

Et pourtant histoire si banale pour nombre d'individus et de familles.

Qui elles et eux aussi seront souvent objet de regards, de sourires, de sarcasmes ou de critiques.

Au nom de modèles, de représentations figées ou datées, parfois de certitudes défensives mais aussi de peurs ou d'envies.

Regards qui ne sont pas seulement ceux des proches ou des voisins, mais encore trop souvent de professionnels de l'aide qui construisent leurs interventions en mettant chacun dans des cases et en construisant leurs échanges sur la certitude, la stigmatisation et l'auto démarcation.

Qui, comme dans la famille atypique du nouveau président, ont du mal à, mais aussi sûrement des réticences, à voir de la ressource dans la capacité de faire avec son histoire, dans la force des liens face à l'adversité et dans l'investissement pour ceux qui comptent et pour le futur.

Que le président de la république, figure a priori représentative de la continuité des choses, navigue dans une famille davantage reliée par la reconnaissance de chacun que par des liens institués par l'histoire ou la génétique montre la contemporéanité de la force de ce mode relationnel.

Et la difficulté du corps social à s'en emparer pour faire des singularités des histoires familiales et personnelles non seulement un signe de tolérance mais bien au - delà une approche intégrative des temps à venir.


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