ADOPTIONS Entre filiation et transmissions

Pour la Conférence C.M.P. 76 à venir le 23 juin 2017

Mon objectif n’est pas de présenter un regard exhaustif sur les adoptions et leurs processus mais de présenter en quoi la démarche contextuelle peut aider d’une part à comprendre les enjeux de l’histoire familiale qui se noue autour d’elles, d’autre part de réfléchir aux axes d’intervention que l’approche contextuelle offre quand naissent des difficultés.

Rappelons brièvement que l’approche contextuelle, dont

le fondateur est le psychiatre américain d’origine hongroise Ivan Boszormenyi-Nagy, est initialement un courant reconnu de la thérapie familiale dont la démarche se centre sur la restauration de la confiance dans les relations.

Son champ d’intervention s’est depuis étendu à l’ensemble bien sûr du travail avec les familles mais aussi à de nombreux champs de l’intervention psychosociale et éducative.

Son apport principal à été de s’intéresser aux quatre dimensions de la relation : celle des faits, celle de l’intrapsychique de l’individu, celle de la mise en relation des personnes dans les systèmes construits et, spécificité de l’approche contextuelle, celle de l’éthique relationnelle.

L’ensemble de ces dimensions, dans lesquels nous sommes simultanément engagés dès que nous sommes en relation à l’autre et aux autres, est supporté par la représentation d’un monde où, comme le dit le philosophe Martin Buber, « je deviens un Je quand l’autre me nomme Tu ».

La dimension 4, celle de l’éthique relationnelle, est souvent nommée aussi celle du « donner et recevoir ». Même si cela n’est pas l’objet de cette communication, il est pour moi utile de préciser, pour éviter confusion et restriction, que cette dimension va bien au – delà, s’appuyant sur l’engagement, l’implication de chacun pour traiter des problématiques de responsabilité et de confiance. Elle intègre également la place de la reconnaissance, vecteur fondamental de la légitimité de chacun au sein d’un groupe. Nous verrons son importance, comme élément fondamental de la confiance partagée, notamment identifiée quand sont présents les déficits de reconnaissance et les injustices qui y afférent.

Rappelons la lumineuse expression de Paul Ricœur « il n’y a pas de soi sans un autre qui l’appelle à la responsabilité.»

Après ces propos liminaires, voyons quelques aspects de ce que l’approche contextuelle peut produire à propos des processus d’adoption et de leurs modes relationnels, spécifiques ou non.

La première chose que je voudrais partager est la dialectique de la reconnaissance à l’épreuve dans l’adoption.

Certes il y a bien une asymétrie entre celui ou celle qui va être ou a été adopté et ceux qui se sont engagés, souvent depuis longtemps, dans le processus d’adoption.

Pourtant nous ne pourrons comprendre et agir sur les processus relationnels sans intégrer cela :

  • Celui ou ceux qui adoptent et y investissent amour, responsabilité, énergie et disponibilité auront un besoin existentiel d’être eux – mêmes adoptés par celui ou celle qui est devenu leur enfant.

  • Celui ou celle qui est objet de l’adoption, pris dans les loyautés multiples qui peuvent le mettre en tension mais aussi le constituent et participent de sa construction, celui- là sera aussi reconnu dans capacité, par l’amour qu’il montre, par les signes d’identification et d’affiliation qu’il exprime, de montrer à ceux qui l’investissent comme leur enfant qu’il les adopte à son tour comme ses parents.

Nous aurons l’occasion d’échanger. En entrant dans le détail des modalités et des phases de vie où cela peut s’exprimer, par les mots ou dans les actes, comment cela peut pour l’enfant entrer en confrontation avec ses affiliations et loyautés à sa famille d’origine.

Et comment cela peut engager dans une période de conflits, de rejet, voire d’impasses relationnelles.

Ou/et comment cela peut être l’occasion, le moment opportun de construction d’une identité qui reconnaît la multiplicité de ce qu’elle a reçu (on reçoit du meilleur comme on reçoit aussi du pire) pour constituer un soi singulier et original.

Je souhaite aussi aborder la singularité de la rencontre.

Dans les naissances biologiques, la conception de l’enfant, la grossesse, le moment de l’accouchement, le choix du prénom et bien d’autres choses encore comme l’annonce ou la présentation aux familles constituent divers moments de la reconnaissance que « cet enfant va être le mien, est déjà le nôtre » avant même que nous ayons fait sa connaissance.

Le philosophe allemand Axel Honneth le résume par une formule : « la reconnaissance précède la connaissance ».

Dans les processus d’adoption, pendant le temps long qui précède l’arrivée de l’enfant, se jouent de nombreuses choses.

Dans ce parcours du combattant, sans doute socialement et institutionnellement incontournable, les futurs parents sont soumis à la question. Aux questions.

Celles qui viennent des multiples professionnels, celles de l’entourage, celles de l’autre du couple parfois, celles aussi qui viennent de soi, en soi, qui relient à sa propre histoire, à ses investissements, à ses projets, souvent à des souffrances endurées. Toutes questions qui préparent le futur, la rencontre et les investissements à venir.

Je n’y insiste pas pour le moment, sauf pour rappeler que pour l’enfant qui va venir et sera adopté, la vie passée, aussi courte qu'elle ait été, a pu être également un parcours du combattant.

Ce sur lequel je voudrais insister est qu’il existe le plus souvent là une différence avec la naissance biologique dont les conséquences sont sous – évaluées.

D’une certaine manière, contrairement à ces parents biologiques qui accompagnent l’arrivée progressive de leur futur enfant par des processus de reconnaissance, les futurs parents adoptants gèrent ce temps par de nombreux éléments de connaissance.

Certes partiels et peut être illusoires mais qui en tous cas modifient les conditions de la rencontre et des débuts de la vie en commun.

Cela modifie d’évidence les conditions de la rencontre.

Celle avec le nouveau-né « biologique » vient relier les processus de reconnaissance déjà en cours, ceux qui viennent de ce que nous appellerons la surprise du moment où mère, père, enfant et rapidement quelques autres viennent avec leurs attentes, leurs présupposés et rapidement des éléments, paroles, expressions où commencent à se mêler éléments de reconnaissance et premiers contacts de la connaissance.

Lorsque l’enfant adopté arrive, les premiers contacts mêlent la confrontation des éléments de connaissance à l’enfant réel aux premiers investissements d’amour à la recherche d’une validation.

L’enfant attendu n’est pas pour l’essentiel imaginé et idéalisé à partir de ses propres représentations (quoique) mais aussi à partir des éléments qui sont présentés et connus : son âge, son origine, la couleur de sa peau, les circonstances de son abandon, les prises en charge et attachements antérieurs. Ainsi vient s’ajouter à un imaginaire construit sur ses propres représentations, ses attentes et sa propre histoire, un idéal fantasmé appuyé sur les éléments de connaissance offerts avant même la rencontre.

Le travail contextuel sera, par définition, en lien avec la période de vie de la famille : les questionnements et matériaux de travail seront singulièrement différents selon que cela se fasse avant l’adoption, peu de temps après, à une période critique de l’enfance ou de l’adolescence, au départ du jeune adulte de la famille ou par exemple plus tard, au moment même où l’enfant adopté va lui-même devenir parent.

Il aura donc de singulières différences.

Mais aussi des invariants qui touchent à la fragilité, dans certains moments de la vie, des formes que prend l’amour partagé et ses modes d’expression, aux processus de reconnaissance, aux tensions liées aux loyautés dans la construction de l’identité propre de l’enfant.

Et également au décalage nécessaire de la réification de l’enfant où tout ce qui s’exprime soit ramené à son statut d’adopté, comme de parents objectivés comme adoptants pour aider à la fabrication d’une histoire partagée où les composantes multiples créent de l’échange, des soutiens, des mises en perspectives reconnaissantes de l’autre comme un sujet engagé dans une histoire qui le dépasse, comme elle va au-delà des faits mêmes qui la constituent.

Mais aussi des invariants qui touchent à la fragilité, dans certains moments de la vie, des formes que prend l’amour partagé et ses modes d’expression, aux processus de reconnaissance, aux tensions liées aux loyautés dans la construction de l’identité propre de l’enfant.

Et également au décalage nécessaire de la réification de l’enfant où tout ce qui s’exprime soit ramené à son statut d’adopté, comme de parents objectivés comme adoptants pour aider à la fabrication d’une histoire partagée où les composantes multiples créent de l’échange, des soutiens, des mises en perspectives reconnaissantes de l’autre comme un sujet engagé dans une histoire qui le dépasse, comme elle va au-delà des faits mêmes qui la constituent.


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