Pourquoi lire « ENTRE EUX » de Richard Ford

Peut-être, à voir les résumés du livre ou même mon commentaire, trouverez-vous qu’il est de peu d’intérêt de consacrer trois ou quatre heures d’une vie trépidante à la lecture d’une histoire qui, par bien des aspects, est insignifiante.

Ce serait fort dommage. Je vous incite donc à l’effort, non de s’affronter à quelque chose de difficile, mais à rencontrer un objet qui n’a rien d’une grande fresque qui emporte dans l’imaginaire ou d’une histoire dont l’originalité ou le suspense séduit et accroche.

Je conviens que cette présentation ne doit pas beaucoup provoquer la tentation. Et pourtant !

Dans sa postface, Richard Ford nous rappelle « une vérité de toujours : il est banal que le monde ne fasse pas attention à nous ».

« Entre eux » conte, en deux parties, l’une sur son père écrite plus de cinquante ans après sa mort, l’autre sur sa mère, rédigée juste après la mort de celle-ci, leur histoire et la sienne.

D’une forme toujours factuelle, d’un ton sans cesse retenu, Richard Ford décrit.

Un homme dans sa banalité, une femme avec ses attentes, un amour entre eux et un enfant, lui, venu tard dans leur histoire, ayant à trouver une place et à se frayer un chemin dans cet amour d’adultes, chemin qui se fait « entre eux », seul (il est fils unique et sera sans enfant), pourtant tenu par l’amour qui le porte et le transporte dans les tribulations d’une histoire qui n’a d’intérêt et de relief que pour ceux qui la vivent et celui qui la narre.

« Nous vivons et mourons le plus souvent obscurs » insiste-t-il, pour rappeler que si notre avenir est imprévisible, celui de nos parents, raconté dans l’après-coup, « nous réalise et nous singularise à la fois ».

Dans nos histoires, singulièrement nos histoires d’enfance, nombre de faits manquent. Par méconnaissance, par refoulement ou par simple oubli. Et il se trouve un moment de notre vie où nous nous retrouvons (presque) seuls à pouvoir les raconter, les mettre en lien, en restituer une cohérence et des fils de continuité.

Pas, ou si peu, de psychologie dans ce récit. Des faits, des souvenirs, et l’éprouvé de ce vieux petit enfant au moment où il fait retour, distancié, sur ces deux histoires si différentes : un père mort trop tôt (« forcé de quitter la vie si tôt, si longtemps avant d’en être las »), une mère longtemps à la fois en attente de son fils et soucieuse de ne pas déranger le cours de sa vie.

Histoire triste que celle qu’il conte, celle de ses parents (et la sienne) ? Il s’en défend : « De la tristesse, il y en a eu, mais les moments qui les réunissaient, même quand j’étais avec eux et souvent parce que j’étais avec eux d’ailleurs, leur paraissaient meilleurs que toutes les vies qu’ils auraient imaginées, sachant d’où ils étaient partis ».

Quant à « Entre deux », je vous laisse découvrir, dans ce que vous lirez de lui et de ce que cela évoque pour chacun(e) de vous, ce qu’il en est quand un enfant qui tient à peine debout vient se glisser entre les jambes de ses parents aimants enlacés.

Ne ratez pas ce rendez-vous qui est d’abord un rendez-vous avec soi.

Christian Pétel

P.S. : Et ensuite, lisez « Canada », du même Richard Ford.


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