LA MORT DE JEAN-FRANÇOIS LE GOFF


Ciao Camarade.

Après une lutte de plusieurs années contre la maladie, Jean-François Le Goff a tiré sa révérence.

Durant cette période, il a trébuché, chuté, s’est relevé, a perdu l’expression et l’écriture, puis s’est remis à parler et à écrire, a parfois renoncé, terrassé par la fatigue et la douleur, puis s’est relancé jusqu’aux dernières semaines où le cancer a fini par l’emporter.

« Comment vas-tu ? ».

Depuis plusieurs mois, je t’appelais ou venais te voir avec la ferme intention de te soutenir et de prendre de tes nouvelles. Je crois n’avoir jamais réussi sans en passer par te donner des miennes, te parler de moi, de ma vie, répondre à tes questions, à ton attention, à ta bienveillance. Alors seulement tu parlais de toi de tes filles, de tes amis fidèles, de l’importance de l’écriture, aussi de l’importance de tes engagements. La maladie, ses conséquences, venaient après, suscitant comme toujours davantage de révolte que de plainte.

Homme de convictions, je te connais depuis plus de quarante ans, ce qui commence à se faire rare dans nos vies.

Je t’ai rencontré autoritaire, déterminé, volontiers injuste, toujours sans concession.

Puis nous nous sommes perdus de vue pendant de nombreuses années, suivant chacun son chemin, pour se retrouver dans les séminaires que tu organisais avec Ivan Boszormenyi-Nagy, autour de l’éthique et de la place de la famille dans les histoires. Toujours passionné, toujours exigeant et intransigeant, j’ai aussi retrouvé ta curiosité, ta recherche constante de pensées originales et innovantes qui t’ont amené à poursuivre tes propres chemins de recherche.

Et nous revoilà quelques années après à encore se retrouver, à ton initiative. Tu suivais régulièrement les activités de Fractale, te posais de questions sur ta retraite, poursuivant tes voyages et tes recherches curieuses.

C’est là que nous avons noué cette amitié complice, tendre et attentive, bien avant que la maladie ne t’affecte. Enfin, celle-là, celle qui vient de t’emporter.

Car dans ta vie, dans nos vies, il y a eu de la souffrance, des drames, du malheur. Nous parlions peu du passé, mais il était toujours présent en filigrane. Nous échangions plutôt sur le moment présent, les projets, la vie de Fractale à laquelle tu as apporté à ce moment-là ta précieuse pierre, tu me taquinais sur mon rapport à l’écriture. Tu nous as même fait cette insigne confiance, à ton déménagement, de nous confier une part importante et précieuse de ta bibliothèque professionnelle : nous l’avons reçu comme un geste fort de confiance, mais aussi comme un mouvement d’amitié et de tendresse. Nous avons la responsabilité à laquelle nous ne faillirons pas d’en faire la conservation et le meilleur usage.

J’ai pu aussi suivre tes projets, tes ouvrages en cours, celui dont nous attendrons sans toi la parution, cette rencontre entre Winnicott et Orwell dont tu parlais avec gourmandise, que tu as bien failli ne pas terminer, que tu as achevé dans un rebond, dont tu étais ravi plus que fier qu’il soit publié par Gallimard, dont tu redoutais de ne pas avoir le temps de le voir paraître. Nous saurons t’honorer lors de sa parution.

Alors, au moment de te dire au revoir, que puis-je dire au-delà de la peine à laquelle les derniers mois et les dernières semaines m’a déjà préparé. Au-delà du manque auquel, là, je ne pourrai me faire. Peut-être dire ce qui, je crois, dans le mystère du sentiment d’amitié, nous a relié.

Fidèle chacun à nos valeurs, celles qui nous ont construits et constitués, conscients de nos évolutions personnelles marquées par nos différences, voilà ce que nous avons en commun : être fidèle à soi-même.

Tes questions, ton attention, ta proximité vont me manquer, me manquent déjà. Restent ta présence à ne jamais se contenter d’une pensée toute faite, à toujours renouveler, construire et déconstruire, à chercher, jusqu’à l’iconoclaste, ce qui ouvre à la réflexion et à l’échange.

Ça, cela va rester, avec nous, et avec toi, bien vivant.

Ciao, Camarade,

Christian.


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