GRATITUDE

Françoise Héritier, morte le 15 novembre dernier, nous laisse à notre peine et à notre solitude mais aussi riches de ses nombreuses contributions, notamment aux relations du masculin et du féminin.

Soucieuse jusqu’au bout de ce qu’elle devait nous transmettre, elle avait une quinzaine de jours avant, livré une longue interview au Monde à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Au gré des jours ».

Elle n’est pas la première, et sûrement pas la dernière, à ressentir, malgré déjà un très important matériel scientifique transmis, la nécessité, peut-être l’obligation, de donner un dernier signe, une ultime contribution.

Cela rappelle comment nombre d’intellectuels, de scientifiques, mais aussi dans l’intimité des familles, de nombreux « anciens » continuent, même très tard, même dans le plus grand âge, même au moment où la vie s’efface et la mort est proche, de se sentir concernés par et s’impliquer pour les affaires du monde, la vie à venir et ce qu’il faut mobiliser et protéger dans ce monde incertain.

C’est en partie une énigme, de se trouver face à cette mobilisation de l’être, pour ce qui va bien au-delà de sa propre vie, souvent comme si le moment de la mort n’arrêtait pas la responsabilité.

Certains y verront justement une grande hauteur morale appuyée sur le sentiment de responsabilité, d’autres un besoin de maîtrise d’un futur qui échappe, ou peut-être encore une trace ou une empreinte à laisser dans un monde auquel on n’appartient plus physiquement.

Oliver Sacks, dans un tout petit livre de 2015 traduit en français en 2016, « Gratitude », nous propose l’appui d’un autre rapport au monde dont on va bientôt s’échapper.

Vous vous souvenez sûrement de certains des travaux de ce neurologue génial et iconoclaste, notamment de son livre le plus connu « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau ».

Dans « Gratitude », en quelques dizaines de pages et quatre essais écrits dans les deux dernières années de sa vie, il dessine le mouvement qui le relie à cette période ultime de son existence, qu’il définit par « Me voilà nez à nez avec la mort, mais je n’en ai pas fini avec la vie ».

Après avoir célébré, malgré les dégâts que la nature y apporte, les plaisirs et les vertus de l’âge mûr, après être revenu avec fulgurance sur sa vie et la liberté qu’il s’y est donnée, après parler de la maladie et du fracas qu’elle provoque dans le corps et l’esprit, il conclut dans son quatrième essai sur la place que prend dans sa vie la « révélation », celle de son homosexualité comme celle de son cancer, qui chaque fois s’accompagne d’un gain de liberté, longtemps affectée par la parole de sa mère : « Tu es une abomination. J’aurais préféré que tu ne sois jamais né ».

Et, tout au long de ces quatre essais, un sentiment est en filigrane : celui de la gratitude de l’homme qu’il est, qu’il fut, envers la vie, et l’importance de donner en retour ces textes de l’ultime, d’une sincérité, d’une limpidité et d’une force incroyable.

Dont il donne la clé : « j’ai été avant tout un être doué de sensations, un animal pensant sur cette magnifique planète, rien que cela a été un immense privilège et une grande aventure ».

Partagez l’aventure en lisant et relisant ces soixante pages à la fois denses et légères.


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