Des gens ordinaires. Avec George Orwell et Donald Woods Winnicott

Ca y est.

Le 15 février va paraître aux éditions Gallimard le livre de Jean-François Le Goff.

Il est convenu de dire de cet ouvrage qu’il parait à titre posthume, puisque Jean-François est mort en juillet dernier.

Pourtant, je ne crois pas que cette expression lui aurait convenu : dans les dernières années de sa vie, la construction de ce livre a été son œuvre, dont à un moment il a su qu’elle viendrait exister pour les autres après que lui les ait laissés en chemin.

Celui dont la rigueur le rendait rétif aux honneurs était réellement fier que, le livre achevé, il ait été accepté puis publié par les éditions Gallimard.

Plus qu’un succès ou une réussite, ce fut une reconnaissance de la valeur des idées qu’il veut y défendre, mais surtout, et c’est je crois ce qui le touchait le plus, une légitimation de son talent d’écriture.

Grâce à lui, j’ai redécouvert à un moment un D.W.Winnicott, auquel j’étais déjà sensible dans sa conceptualisation et sa pratique, mais dont Jean-François a fait un compagnon du quotidien, celui qui vient dans un moment de vacance (sans s), ré ouvrir une pensée sensible nécessaire.

Orwell, que j’avais lu adolescent, m’est apparu à la relecture suggérée par Jean-François sous l’éclairage de sa proximité du banal, de l’ordinaire, du simple, si mal considérés car on y oublie l’existence du désir, souvent écrasé ou aliéné, parfois heureusement porteur de renaissance et d’espoir.

Je n’ai pour le moment eu accès qu’à des fragments que Jean-François a pu me faire partager, en m’en parlant ou en me les faisant, de façon très fragmentaire, lire.

J’attends donc avec impatience la parution pour voir, vraiment ce qu’il a pu faire de cette rencontre qu’il décrivait comme celle de deux grands hommes, mais qui doit bien être un dialogue à trois.

Ce que je n’ai pas besoin d’attendre, c’est la reviviscence de la pensée qui me vient lorsque je pense, souvent, à lui, à sa rigueur, à l’exigence qu’il avait (et je crois que nous partagions) vis-à-vis d’être soi.

Un être soi parfois dérangeant, parfois emmerdant, souvent attentif et généreux à l’autre.

Un être lui qui n’a jamais dissocié sa pensée de ce qu’il était dans la vie.

J’entends dire qu’il nous manque : c’est bien sûr vrai.

Pourtant il est étonnamment présent. Peut-être est-il de ceux à qui l’on pense, encore plus, quand les moments de la vie se font difficiles et qu’il est hasardeux de les partager. Quand l’ordinaire du quotidien, les relations, les engagements, l’amour, le corps et ses frasques, nous rappellent à notre ultime destin.

Acheter son livre est nécessaire à chacun de nous, par fidélité, par sensibilité, par affection, par besoin de se relier.

Mieux : le lire.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Connaissance-de-l-Inconscient/Le-principe-de-plaisir/Des-gens-ordinaires


Posts à l'affiche
Posts Récents