Lecture subjective - Des gens ordinaires

Pourrons-nous encore, après avoir lu « Des gens ordinaires » lire encore Donald W. Winnicott ou George Orwell sans, presque à chaque instant, penser à Jean -François Le Goff ?

Personnellement je ne le crois pas.

C’est sa force, peut – être sa malice, que, en traitant du rapport de chacun à la modestie, à la simplicité, voire à la banalité, il se rende incontournable dans notre exercice de pensée.

Incontournable car il nous pousse à l’exigence de revenir vers soi pour travailler nos croyances et nos certitudes à l’aune du doute, de la réflexion critique, de l’exigent mise en question des acquis.

Sans refuser l’influence, la force des écrits, l’importance du savoir et de l’expérience, mais en refusant la fascination du maître et encore plus la pseudo légitimité d’en être l’héritier ou le porte parole.

Ainsi la singularité de chacun n’est pas narcissisme exacerbé mais chemin exigeant d’un être soi qui se définit dans un rapport « ordinaire » à l’autre, à soi, à son destin.

Le parti pris de faire dialoguer Winnicott et Orwell, et de causer avec, entre, devant ou derrière eux, nous force, quand nous serions tentés d’être fascinés par l’un ou de suivre sa voie par paresse ou facilité, à nous confronter à l’autre, mais surtout à notre propre activité de penser.

Une première lecture peut nous faire croire, mais c’est encore une finesse de Jean François pour ne pas nous laisser en paix, que l’objet principal de l’ouvrage (au sens le plus littéral) est de faire converger les destins et les écrits de Winnicott et d’Orwell. Plus trivial serait d’y voir le message, voir le testament du Dr Le Goff.

Je crois qu’il y a surtout du poil à gratter à toutes les pages.

Parce que Jean-François croit « vraiment » à la créativité de chacun il relie constamment l’expérience à la rencontre non « de gens ordinaires » mais « entre gens ordinaires ».

Ainsi ce qui nous autorisé est notre compétence à relier l’expérience de la solitude à la proximité des autres.

La complexité des êtres (illustrée notamment par la Julia de 1984) oblige, au – delà de la rencontre sociale, du jugement ou du diagnostic, à se laisser porter dans une dimension relationnelle bien « ordinaire », celle que Claire Winnicott évoque du travail avec son mari « dans une situation de réciprocité absolue où donner et recevoir se confondaient, les rôles et les responsabilités allaient de soi sans jamais être remis en cause ».

Le conformisme qui nous guette fait pager l’inquiétude de Winnicott (et celle de Le Goff) « sur la possible mutation des gens ordinaires … en gens non ordinaires, formatés par l’individualisme, par l’immaturité, et qui acceptent passivement la perte de leur créativité et préfèrent la domination d’un chef immature à la solidarité. »

Je n’insiste pas sur l’important chapitre concernant les loyautés, trop proche de mes propres recherches.

En me contentant de souligner encore l’impérieuse nécessité que je partage avec Jean-François Le Goff de traquer dans les acquis ce qui nous permet de faire resurgir de la pensée, de l’exigence, de l’attention à l’autre dans le refus de la copie d’un modèle. Comme il cite Winnicott « quand on est soi – même, on est déloyal envers tout ce qui n’est pas soi ».

Alors Jean-François, que devons – nous lire quand tu intitules ton (presque) dernier chapitre Ils nous manquent … »

Y disant au milieu : « place à un peu de silence. »

Juste avant de faire silence, je ne peux m’empêcher de te dire ce qui m’est venu plusieurs fois : quelle aurait été ton expression devant l’admiration et les louanges que ton livre va susciter ?

Je vois ton pas de côté, ton sourire mi – amusé mi – satisfait.

Et je t’entends me dire pour couper court « Et toi comment ça va ? »

Pour couper court et … pour vraiment prendre des nouvelles.

T’inquiète pas. Avec une compagnie comme ça, avec des hauts et des bas, forcément ça va.


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