APRES LA MORT BRUTALE DE GERARD SALEM

Nous venons d’apprendre le décès brutal de notre ami et collègue Gérard Salem.

Inutile de dire combien c’est un choc pour chacun, et comment il est difficile d’imaginer la vie sans sa présence, sa voix, son aura.

Nous nous étions ratés il y a quelques mois à Nantes, à cause de nos agendas sûrement trop denses, trop tendus, trop contraignants. Cela avait quand même été l’occasion d’échanger à propos de son dernier livre « Tu deviens adulte le jour où tu pardonnes à tes parents », et nous avions pris des nouvelles l’un de l’autre, de nos vies, de nos projets, de nos attentes.

Dernier contact avant cette mort si brutale pour chacun de nous, nous pouvons espérer peut-être plus douce pour lui.

Tempérament fort, grande gueule, mais toujours chaleureux et disponible à la surprise de l’échange, du partage, de la discussion, de la confrontation et de ces controverses qui nous enrichissent. Si c’est évidemment ailleurs, dans l’amour que tu leur portais, que tu seras trop douloureusement absent pour tes proches,c’est peut-être là que tu nous manqueras le plus Gérard.

Attaché à l’Approche Contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy, il a été l’un des premiers à le découvrir et le faire connaître en Europe, traduisant notamment le glossaire d’Approche Contextuelle.

Incapable (c’est un compliment dans ma bouche) de s’enfermer dans une chapelle ou d’ânonner des pensées toutes faites ou des paroles trop répétées, il est allé chercher dans différents champs de la pensée, de la réflexion, de l’altérité, de la créativité.

Du côté des systémiciens, du côté de l’hypnose, du côté de la Chine, du côté comme moi des philosophes. Et notamment en cherchant auprès de Jean-François Malherbe, lui aussi disparu trop tôt, une conception originale de l’éthique, personnelle, sociale, médicale.

Tout cela, et puis les épreuves de la vie dont nous avions pu, avec délicatesse, proximité et distance, tendresse aussi, partager les douleurs vécues, les cicatrices mal refermées, leur permanence en soi. Malgré le temps, les rencontres, la vie qui continue, pétille, se renouvelle et bouscule.

Tout cela faisait de toi le personnage complexe que tu étais. Complexité parfois irritante quand tu disparaissais au moment où l’on t’attendait, attiré par un autre je ne sais quoi. Mais ô combien charmante, charmeuse sûrement aussi, profondément amicale, à l’orientale, avec les mots, le regard rieur et le corps accueillant.

Car ce sera aussi un des grands souvenirs que tu laisses, et celui-là je crois ne sera pas effacé par le temps, que celui des accolades, de se serrer l’un l’autre au moment du bonjour comme à celui de l’au-revoir.

Alors Gérard, au moment de ce définitif au-revoir, je te serre fort et le reçois dans ma mémoire tout autant de toi.


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